
Parcourant la presse, je tombe sur ce témoignage dans
Le Monde (
l'intégralité ici). Rubrique: "Chronique d'abonnés", titre: "
T'es prof de quoi ?", auteur: ccileParis19, enseignant à Paris 19ème.
Hallucinant. Non à cause du chaos violent et de la terreur que font régner dans cet établissement -même pas classé ZEP ou zone sensible ou zone violente- nos chères têtes de moins en moins blondes. Ça on connaît, les témoignages pullulent.
Plutôt à cause de l'état d'apathie, d'abandon, d'engourdissement réflexif de cette enseignante. Submergée par le désordre, harcelée, menacée, elle ne semble plus capable de réagir, seulement de tenter de se protéger a minima, de parer du mieux qu'elle peut aux nuisances, aux incivilités®, aux troubles et au chahut. Elle constate, elle souffre et se préserve autant que possible. Rien d'autre. Elle décrit avec précision le comment, elle ne questionne jamais le pourquoi.
Je n'irai pas jusqu'à évoquer le «sida mental» que le regretté Louis Pauwels diagnostiquait chez une partie de la jeunesse des années 80. Quoique.
Il y a quelques mois, à propos d'une prof® qui se plaignait tout en se félicitant de l'afflux d'allogènes et en se vautrant dans les délices de l'accueil de l'Ôôôtre®,
j'écrivais ceci : "Je suis d'un naturel compatissant. À chaque fois que je vois ce genre de témoignages, je dois faire un effort pour me dire que compte tenu de leur immigrationnisme forcené et de leur indécrottable culture de l'excuse, c'est quand même un peu la faute aux profs. Et que d'une certaine façon, ils ne l'ont pas volé."
Dans le cas de cette enseignante du 19ème, elle ne suggère même pas la moindre tentative de justification ("discrimination", "ghettoïsation", bla bla, etc.). Elle semble vaincue.
Voici quelques extraits de son témoignage :
«Ils crient, se battent, mettent des coups dans les portes, se moquent de ceux qui sont en classe... Ils se sont « échappés » de la perm.» (...)
«L'après-midi est tendu au 1er étage. Je fais cours porte ouverte, comme d'habitude. Mais à présent, les élèves qui « zonent » dans le couloir pénètrent dans ma salle, m'interpellent, interpellent mes élèves de 5e : « Ouesch, t'es prof de quoi ? Et les bouffons ! Regardez y travaillent... ». Au bout d'1/2 heure, je décide de fermer ma porte. On me l'ouvrira 9 fois dans la 2e 1/2 heure...» (...)
«Je me rends compte qu'ont disparu de ma salle une séquence entière, 10 ans de travail dans une pochette, des documents importants, d'anciens exposés d'élèves... et une pochette de polycopiés qui étaient placés sous le bureau...» (...)
«Je suis déçue et consciente du message des élèves : toi, t'as pris trop la confiance en laissant tes affaires, ici, on est chez nous... J'ai l'impression que cette semaine, on m'a envoyé un message clair...» (...)
«Je vois 2 de mes élèves de 6e se faire rouer de coups par des 4es. Un nouveau jeu ? Ça m'inquiète.» (...)
«Je craque un peu ce soir. Je fonds en larmes en préparant le biberon de mon fils.
J'ai bientôt 40 ans. 15 ans d'ancienneté. Je suis passée par Clichy sous Bois, la cité Michelet... J'aime mon boulot. À 36 ans, j'ai obtenu la hors classe. Et j'en suis encore là. Je ne suis plus dans un établissement classé ZEP. Après la zone sensible, la zone prévention violence, je pensais qu'un collège non classé, c'était un peu ma récompense à moi...» (...)
«Je vais tenir jusqu'aux vacances en espérant trouver des solutions pour garder la tête froide et continuer d'être choquée par ce qui est choquant, abattue par ce qui est inacceptable. Je ne veux pas banaliser la violence. Je ne veux pas me montrer moins exigeante avec mes élèves. J'aimerais continuer à garder une vision raisonnable des choses et des êtres. Et ce soir, je suis usée par une semaine banale finalement. Et je me demande si deux jours suffiront à me remettre d'aplomb.»